Interruption volontaire de grossesse : étude comparative entre 1982 et 1996 sur le principal centre de Côte dˈOr. Analyse des femmes ayant des interruptions volontaires de grossesse itératives
Gynécologie Obstétrique & Fertilité
S Douvier, C Lordier-Huynh-Ba, T Rousseau, I Reynaud
2001
Résumé: Depuis la libéralisation légale de la pratique de lˈIVG en 1975, toutes les études ont montré une relative stabilité du taux dˈIVG rapporté au nombre dˈaccouchements, alors que les pouvoirs publiques sˈattendaient à voir une nette diminution de ce taux. Par ailleurs depuis 1985 on note une augmentation du nombre des IVG itératives. Objectifs – Notre travail a été de comparer sur le plan épidémiologique deux populations de demandeuses dˈIVG dˈun même centre sur un intervalle de 15 ans. Puis nous avons analysé les données psycho-sociales propres aux patientes recourant à des IVG répétées (R). Résultats – Il sˈagit dˈune étude rétrospective de 691 patientes, menée au centre dˈorthogénie du CHU de Dijon (principal centre de Côte dˈOr), comparant un échantillon représentation dˈune population de demandeuses dˈIVG de 1982 (348) et de 1996 (343). Il y a plus de femmes non mariées (p = 0,0003), de nullipares (p = 0,0017) et de nulligestes (p = 0,03) en 1996. Lˈintervalle de temps entre la précédente grossesse et l'IVG est plus court en 1996 quˈen 1982 (p = 0,027) et cette gestité est plus souvent une IVG en 1996 (p = 0,031). Les R (1 IVG ou plus) sont passées de 15,8 % en 1982 à 21,6 % en 1996 avec un taux de femmes ayant deux IVG ou plus (multiR) qui est passé de 1,4 % à 5,2 % (p = 0,0 13). Les R ont plus dˈenfants que les femmes ayant recours pour la première fois à l'IVG (nonR) pour les deux années (p = 0,0003) et il y a plus de femmes de moins de 30 ans chez les R en 1996 quˈen 1982 (p < 0,05). Lˈâge moyen de la première IVG (p = 9.10–5) et de la première grossesse (p = 10–6) chez les R est plus bas que chez les nonR pour lˈannée 1996. Il n’y a pas de différence dans les causes dˈéchec de contraception, les motifs de la demande dˈIVG et les catégories socio-professionnelles entre R et nonR. Conclusions – Globalement si la population des demandeuses dIVG a peu évolué en 15 ans, les R et surtout les multiR représentent une population particulière qui se démarque de la population générale par ses problèmes socio-économiques (chômage, RMI), avec instabilité conjugale et ambivalence entre désir de grossesse et non dˈenfant. Il existe par ailleurs une véritable précarité psycho-sociale dont il faudra tenir compte. En effet, cette population est parfaitement avertie des moyens de contraception existant, aussi la prévention devra se situer plus en amont avec au moins une prise en charge psychologique.